Architecture et paysage des menaces Veeam : composants, surface d'attaque et campagnes d'attaquants
HERMES
HERMES THREAT SCORE ET RISQUE D'ENTREPRISE
Cible : Infrastructure Veeam Backup & Replication (VBR) et plan de reprise d'entreprise
Confiance : 99%
94/ 100
CRITIQUE
Mesure la pertinence opérationnelle réelle, la militarisation de l'exploit et la posture de menace active.
Décomposition des dimensions
Exploitabilité19 / 20
Activité de menace19 / 20
Militarisation19 / 20
Exposition18 / 20
Prévalence19 / 20
Impact20 / 20
Maturité de l'exploit19 / 20
Potentiel d'attaque en chaîne20 / 20
⚖️Divergence & Justification opérationnelle
Le score Hermes évalue l'infrastructure Veeam à 94 (CRITIQUE). Dans les architectures d'entreprise, les serveurs Veeam concentrent les comptes à hauts privilèges (comptes administrateurs de domaine, clés d'API d'hyperviseurs, secrets de stockage cloud) et pilotent le plan de restauration ultime. La compromission du serveur de sauvegarde permet aux adversaires d'anéantir la continuité d'activité et de garantir leur levier d'extorsion.
🕸️ Graphe de connaissances connecté & Provenance
Veeam Backup & ReplicationCOMPOSANT
Nœuds connectés : 0
1. Topologie architecturale et rôles des composants
La maîtrise des frontières fonctionnelles de Veeam est indispensable tant pour la modélisation des menaces que pour le triage DFIR. Veeam ne s’exécute pas comme un processus monolithique unique : il délègue ses opérations à des composants spécialisés.
Architecture des composants Veeam Backup & Replication (VBR) :
Le serveur de sauvegarde orchestre les flux de réplication, la planification des tâches, le catalogage et la gestion de l’infrastructure.
Veeam.Backup.Service.exe : le moteur d’administration central s’exécutant en tant que LocalSystem ou via un compte de service dédié. Il pilote l’exécution des tâches, synchronise les proxys et dialogue avec la base de données. Il écoute sur le port TCP 9401.
Veeam.Backup.BrokerService.exe : assure la liaison entre la console d’administration graphique, les modules PowerShell et le moteur sous-jacent via les ports TCP 6170/6171.
VeeamThreatHunterSvc.exe : service introduit dans les versions récentes (VBR v12.x) pour analyser à la volée l’entropie des flux de données, traquer les extensions malveillantes et évaluer les règles YARA. Il écoute sur le port TCP 6175 via .NET Remoting.
Veeam.Backup.Configuration.Service.exe : gère les sauvegardes de configuration et les procédures de restauration après sinistre.
Le plan de données : proxys de sauvegarde et services de montage
Backup proxy : l’ouvrier de calcul qui extrait les données des banques de stockage de l’hyperviseur (via les API VADP de VMware vSphere ou par accès direct au SAN), applique la déduplication et la compression à la volée, puis achemine les flux vers le dépôt.
Veeam.Backup.MountService.exe : installé sur les proxys et serveurs de montage pour gérer les montages vPower NFS, l’indexation granulaire des fichiers invités et la restauration instantanée de machines virtuelles. Il écoute sur le port TCP 6172.
Guest interaction proxy (GIP) : sert de relais entre le serveur VBR et les systèmes invités pour réaliser les opérations VSS et le traitement transactionnel sans obliger le serveur de sauvegarde principal à joindre directement tous les réseaux invités.
Le plan de stockage : dépôts de sauvegarde (repositories)
Dépôts traditionnels : serveurs Windows ou Linux exposant du stockage attaché direct (DAS), des partages réseau (SMB/NFS) ou des baies de déduplication matérielles (Dell Data Domain, HPE StoreOnce).
Linux hardened repository (LHR) : serveur physique Linux dédié tirant parti du système de fichiers XFS avec clonage de blocs (reflink) et attributs immuables natifs (chattr +i). Il utilise des identifiants à usage unique lors du déploiement initial pour interdire toute prise de contrôle depuis le serveur de sauvegarde.
Scale-out backup repository (SOBR) : fédère plusieurs dépôts de performance locaux avec des niveaux d’extension vers le cloud (Amazon S3 Object Lock, Azure Blob Immuable).
2. Topologie réseau, protocoles et matrice des ports critiques
Le tableau ci-dessous récapitule les ports réseau critiques, les démons associés et les vecteurs d’exploitation correspondants. Les équipes de sécurité doivent appliquer un filtrage réseau strict autour de ces flux.
Port / Protocole
Démon à l’écoute
Rôle du composant
Enjeu de sécurité et vecteurs d’attaque
6170 / TCP
Veeam.Backup.BrokerService.exe
Serveur de sauvegarde
API broker pour la console d’administration et les points de terminaison REST.
6172 / TCP
Veeam.Backup.MountService.exe
Serveur de montage / Proxy
Service de montage vPower NFS. Cible de CVE-2024-40711 (RCE pré-authentification par désérialisation binaire).
6175 / TCP
VeeamThreatHunterSvc.exe
Serveur de sauvegarde
Canal binaire .NET Remoting pour la détection de malwares. Exploité dans CVE-2026-44963 via le contournement ObjRef.
9392 / TCP
VeeamEnterpriseManagerSvc.exe
Enterprise Manager
API REST et portail web de gestion centralisée. Cible historique de contournements d’authentification (CVE-2024-29849 via SAML SSO).
9401 / TCP
Veeam.Backup.Service.exe
Serveur de sauvegarde
Canal de gestion TCP principal. Exploité par CVE-2023-27532 pour la fuite non authentifiée d’identifiants chiffrés.
9380 / TCP
VeeamDeploymentService.exe
Serveur / Proxy
Service de déploiement et de distribution. Exploité dans CVE-2022-26500 et CVE-2022-26501 pour exécuter du code à distance.
2500 - 3300 / TCP
VeeamDataMover.exe / veeamtransport
Dépôts et proxys
Canaux dynamiques de transfert de flux entre proxys sources et dépôts cibles.
5432 / TCP
Instance PostgreSQL
Serveur de base de données
Moteur de base de données par défaut depuis VBR v12+. Stocke la configuration et les secrets chiffrés.
1433 / TCP
Instance Microsoft SQL Server
Serveur de base de données
Moteur hérité pour VBR v11 et instances migrées.
3. Base de données de configuration : le piège des identifiants concentrés
Pour orchestrer les sauvegardes sur l’ensemble du système d’information, Veeam mémorise les identifiants les plus sensibles de l’infrastructure :
Administrateurs de domaine Active Directory : requis pour le traitement applicatif des invités, la quiescence VSS et l’indexation.
Identifiants d’accès racine aux hyperviseurs : comptes administrateurs VMware vCenter, mots de passe root ESXi, accès clusters Nutanix Prism ou hôtes Hyper-V.
Secrets cloud et baies de stockage : clés d’accès AWS IAM, chaînes de connexion Azure Blob, comptes de service pour le stockage immuable.
Mécanisme de protection des secrets dans la base Veeam :
Le service Veeam s’exécutant en arrière-plan sans session interactive humaine, le déchiffrement des identifiants doit pouvoir s’effectuer de manière autonome par le système lors du lancement des travaux planifiés. Veeam recourt donc à DPAPI avec le périmètre CRYPTPROTECT_LOCAL_MACHINE.
Cette contrainte architecturale engendre des conséquences critiques pour la sécurité :
Tout processus exécuté avec les privilèges LocalSystem OU administrateur local sur le serveur VBR est en mesure de déchiffrer la totalité des mots de passe de la base.
Un assaillant obtenant une exécution de code à distance (via CVE-2024-40711 ou CVE-2026-44963) ou exfiltrant la base de données accompagnée des clés de registre associées peut casser l’enveloppe DPAPI à l’aide d’outils comme Veeam-Get-Creds ou SharpVeeamDecryptor.
Si le serveur de sauvegarde est joint au domaine Active Directory de production, la compromission du serveur Veeam équivaut immédiatement à la compromission totale de la forêt Active Directory.
4. Rôle du plan de sauvegarde dans la chaîne de destruction des ransomwares
Dans les cyberattaques contemporaines, la phase de chiffrement n’intervient qu’en toute fin d’opération. La neutralisation de la sauvegarde se situe au cœur de la stratégie adverse.
Séquence d'exécution d'une attaque par ransomware :
[Étape 5 : Chiffrement des hyperviseurs et serveurs]
└── Déploiement du ransomware (Akira, Qilin, Fog) sur les datastores ESXi
Les cybercriminels détruisent méthodiquement les sauvegardes pour deux raisons :
Suppression de toute alternative : si l’organisation victime peut restaurer ses machines virtuelles saines en quelques heures, l’incitation financière à payer une rançon de plusieurs millions d’euros s’effondre.
Levier de double extorsion : avant de purger les dépôts, les attaquants montent fréquemment les conteneurs .vbk hors-ligne afin d’extraire et d’exfiltrer les données sensibles sans déclencher les alertes des serveurs de fichiers de production.
5. Dossiers de groupes d’attaquants et études de cas réels
Le groupe Akira (suivi par les équipes DFIR depuis mars 2023) concentre une part prépondérante de ses tactiques sur les serveurs Veeam Backup & Replication.
Accès initial et découverte
Les opérateurs d’Akira pénètrent généralement le réseau en exploitant des accès VPN sans authentification multifacteur. Une fois à l’intérieur, ils exécutent des outils d’énumération (NetScan, AdFind) spécifiquement paramétrés pour localiser les machines écoutant sur les ports TCP 9401 et TCP 6172.
Exploitation et vol de mots de passe
En 2023 et 2024, Akira a massivement exploité CVE-2023-27532 pour interroger l’API non authentifiée et dérober les secrets de la base. Dès la divulgation de CVE-2024-40711, Akira a incorporé l’exploit ciblant Veeam.Backup.MountService.exe (TCP 6172) afin d’obtenir un shell interactif NT AUTHORITY\SYSTEM.
Neutralisation des hyperviseurs
Une fois le serveur VBR sous contrôle, Akira extrait les comptes administrateurs vCenter. Les affiliés se connectent directement aux hyperviseurs ESXi en SSH, coupent les agents de sauvegarde Veeam et exécutent leur binaire de chiffrement Linux ELF directement sur les banques de données VMFS.
Sabotage des dépôts
Akira déclenche des scripts PowerShell exploitant le module Veeam (Remove-VBRBackup -Backup $b -FromDisk -Confirm:$false) ou ordonne le reformatage bas niveau des volumes de stockage connectés pour effacer toute trace des sauvegardes historiques.
Le groupe cybercriminel à motivation financière FIN7 a figuré parmi les premiers acteurs à industrialiser l’exploitation des failles Veeam :
Mécanique de campagne : exploitation à grande échelle de CVE-2023-27532 quelques jours seulement après l’émission du correctif.
Outillage sur mesure : utilisation de chargeurs PowerShell personnalisés (POWERTRASH, DICELOADER) communiquant directement en raw TCP avec Veeam.Backup.Service.exe sur le port 9401 pour récupérer les blobs d’identifiants chiffrés et les exfiltrer vers leur infrastructure C2.
Monétisation : les identifiants volés ont ensuite été revendus comme accès initiaux sur des marchés clandestins ou réutilisés par des affiliés de ransomware (notamment BlackCat/ALPHV).
Fin 2024 et début 2025, les laboratoires de recherche en cybersécurité (notamment Sophos et Huntress) ont analysé des vagues d’attaques des ransomwares Qilin et Fog exploitant la vulnérabilité CVE-2024-40711 :
Signature d’exploitation : injection d’une charge sérialisée malveillante transmise au service Veeam.Backup.MountService.exe (port 6172).
Création de comptes pirates : dès l’obtention des privilèges SYSTEM, la charge crée un compte administrateur local furtif nommé point ou point2 (net user point <password> /add && net localgroup administrators point /add).
Évasion de défense : ce compte est immédiatement employé pour désactiver les agents EDR (Sophos, CrowdStrike, Windows Defender) à l’aide de pilotes vulnérables avant d’exécuter la charge finale de chiffrement depuis %TEMP%.
Les retours d’expérience démontrent que la sécurité de l’infrastructure de sauvegarde ne peut reposer sur une simple protection de bordure. Les équipes défensives doivent appliquer quatre mesures structurelles :
Sortir le plan de sauvegarde du domaine Active Directory :
Ne jamais joindre les serveurs Veeam, les proxys ou les dépôts au domaine Active Directory de production. Isoler l’ensemble des composants dans un groupe de travail d’administration hors bande ou une forêt dédiée étanche (“Red Forest”).
Déployer des dépôts immuables Linux (LHR) :
Remplacer les dépôts Windows NTFS/ReFS par des serveurs physiques Linux exploitant l’immutabilité XFS (chattr +i) et des identifiants de déploiement à usage unique. Même si le serveur VBR est intégralement compromis au niveau SYSTEM, l’attaquant ne peut ni purger ni modifier les sauvegardes immuables à travers le réseau.
Activer le principe des quatre yeux et le MFA :
Activer l’autorisation multi-opérateurs (Four-Eyes Authorization) imposant la validation par deux administrateurs distincts pour toute suppression de sauvegarde ou modification de rétention, et rendre obligatoire l’authentification multifacteur sur la console VBR.
Surveiller la lignée des processus Veeam :
Configurer des règles EDR pour alerter sans délai si un binaire Veeam (Veeam.Backup.Service.exe, Veeam.Backup.MountService.exe, VeeamThreatHunterSvc.exe) engendre des sous-processus d’exécution tels que cmd.exe, powershell.exe, net.exe ou certutil.exe.
7. Renseignements connexes et navigation dans la série